Extraits exclusifs
Bienvenue sur cette page dédiée aux extraits de mon livre en cours d'écriture. Bonne lecture !
Extrait 1
Chapitre I Le grand départ
Mon regard se pose sur les montagnes, de l’autre côté du lac : deux masses sombres dans la lumière du soir. Des amies fidèles. Elles m’ont apaisée ou rendue plus forte à maintes reprises. C’est un soir d’été. Je suis assise au bord du lac de T. avec mon petit-fils, qui vient d’avoir cinq ans. Nous admirons les lumières qui se reflètent sur l’eau. L’air est doux et porte l’odeur du foin fraîchement coupé, mêlée à celle des grillades. Le petit bout de chou est à l’affût du cri d’un canard ou d’une vague un peu plus forte que les autres. Je prends une grande inspiration et lui dis de faire de même.
— L’air du lac, ça fait du bien. Il répète en souriant : — Ça fait bien.
Il apprend le français avec moi. Je suis la seule à lui parler cette langue. Sa Mina, comme il m’appelle.
Pendant qu’il joue avec des petits cailloux, mon esprit vagabonde. C’est un moment paisible, privilégié. Je me sens enfin chez moi. Pourtant, je viens d’ailleurs.
D’un ailleurs très lointain.
Je suis française et juive, née en Algérie. J’avais cinq ans lorsque je suis arrivée en France avec ma famille. Je n’ai aucun souvenir de mes cinq premières années. Est-ce pour cela que je ressens ce vide en moi ?
Comment était notre maison ? Et mes copines ? Quel était mon jeu préféré ? À quoi ressemblait mon village ?
Autant de questions restées sans réponse.
Je suis donc pied-noir, un terme étrange dont l’origine demeure controversée. La plus vraisemblable, c’est que les Algériens l’utilisaient pour désigner les soldats français qui portaient des chaussures noires. L’expression a ensuite traversé la Méditerranée.
On nous appelait aussi « les rapatriés d’Algérie ». Étions-nous des Français de seconde zone ?
[...]
Mes parents n’aimaient pas parler de notre départ. Mon père nous répétait :
— Ça devenait dangereux pour tous les Français.
Pour lui, l’exil a été à l’origine de dépressions récurrentes qui l’ont accompagné tout au long de sa vie. Il était profondément attaché à ce petit port où il avait vécu tant de souvenirs heureux. Il s’y était fait des amis indigènes et avait même appris leur langue.
Pour ma mère, au contraire, le retour en France est resté un soulagement.
— Je ne me sentais pas à l’aise là-bas, nous disait-elle souvent.
J’aimerais tant savoir ce qui s’est passé avant notre départ.
Avons-nous fait nos adieux à notre famille, à nos voisins, à notre maison ? Quel jour sommes-nous partis ? À quelle heure ? Je sais seulement que nous avons embarqué sur un grand bateau, quelques valises à la main. Mes parents ne parlaient jamais de politique. Je sais simplement qu’en 1962 l’Algérie a acquis son indépendance.
Les rares conversations portant sur ce pays tournaient autour de la cuisine : le couscous, les olives cassées, les pâtisseries orientales.
[...]
Ma grand-mère paternelle, qui avait quitté l’Algérie avec nous, a vécu ce départ comme une déchirure. Elle avait dû abandonner sa maison et partir « comme une voleuse », comme elle disait.
— J’ai laissé là-bas tout ce que j’avais de plus cher.
Elle parlait peu de sa douleur. Pourtant, je crois qu’elle m’a été transmise malgré son silence. En quittant l’Algérie, je me suis appropriée la tristesse de mon père et celle de ma grand-mère. J’étais petite, mais je suis convaincue que les enfants ressentent ces choses-là, même lorsqu’ils ne les comprennent pas.
Cette anxiété est devenue une part de moi. Comme s’il me manquait toujours quelque chose pour me sentir pleinement épanouie, légère.
Extrait 2
Chapitre II L’arrivée en France
Ce passage se trouve au milieu du chapitre où je raconte notre installation, d’abord au centre (l’école, l’accueil des Français, etc.) et, après quelques années, dans le sud. Nous avons emménagé dans notre nouvel appartement.
La voix de ma tante résonne encore à mes oreilles : — Les enterrements ne sont pas faits pour les enfants.
Nos premiers jours dans le Sud ont été marqués par un événement particulièrement douloureux : le décès de ma grand-mère, emportée par une pneumonie à l’âge de quatre-vingt-trois ans.
Je garde un souvenir tendre de cette femme silencieuse au regard doux et bienveillant. Comment oublier les longs massages des pieds qu’elle me faisait avant que je m’endorme ? C’était elle qui s’occupait de nous pendant que nos parents travaillaient, un véritable pilier dans nos vies d’enfants. J’avais douze ans et ma sœur dix.
Notre grand-mère était à l’hôpital. Nous savions juste que c’était une grosse grippe. Ma sœur et moi étions seules à la maison. Nous étions en train de faire nos devoirs à la table de la cuisine, en formica, lorsque ma mère est rentrée. Elle sentait encore l'hôpital, elle a jeté son sac sur la table et nous a aussitôt envoyées dans nos chambres pour préparer quelques affaires. Elle parlait vite et sa voix se voulait autoritaire :
« Vous allez rester quelques jours chez votre tante R. Il est arrivé quelque chose de grave à mémé. Je vous expliquerai plus tard. Votre frère reste ici. »
Ma mère avait l’air épuisée et stressée, je n’ai pas voulu en rajouter. Je ne lui ai posé aucune question, mais j’avais le cœur serré. Je pressentais le pire.
C’est finalement ma tante qui nous a annoncé la nouvelle. Personne ne s’est vraiment préoccupé de ce que nous ressentions après la perte d’un être si cher, sans parler de ce départ précipité.
Mes parents nous ont tenues à l’écart du deuil pour nous protéger, sans doute. Mais de quoi, au juste ?
Bien plus tard, au fil de mes recherches personnelles, j’ai compris que, dans notre famille, la mort était un sujet tabou. Même en vieillissant, mes parents n’en ont jamais parlé avec nous. C’est après le décès de ma grand-mère que ma religion m’a donné, pour la première fois, le sentiment d’être différente. Une camarade de classe avait, elle aussi, perdu sa grand-mère et m’avait raconté la cérémonie d’adieu. Je n’ai pas osé lui avouer que j’avais été exclue de l’enterrement de la mienne. J’aurais tant aimé partager ce deuil avec ma famille, pouvoir en parler avec elle et échanger ensuite avec ma camarade. C’est à travers cette non-expérience de la mort, cette absence totale de rituel et de cérémonies partagés, que j’ai pris conscience que j’appartenais à un monde à part. Cela me complexait terriblement.
J’aurais tant voulu être comme les autres, me fondre dans la masse. En grandissant, ce sentiment ne m’a jamais quittée. Même au lycée, je n’avais pas l’impression d’être à ma place.
Heureusement, j’ai rencontré Leïla. Grande, plutôt forte, elle est devenue ma meilleure amie. Elle souffrait du regard porté sur sa carrure, moi, je me sentais différente à cause de mon milieu et de mes coutumes. Nous nous étions trouvées et nous nous comprenions parfaitement. Je lui disais souvent avec un sourire complice :
— Quelle paire nous faisons : une juive et une arabe !
Je passais des heures à discuter avec elle. Son père interdisait à sa mère de travailler et même de sortir seule. C’était presque un miracle qu’il ait accepté que Leïla poursuive ses études au lycée.
Elle répétait souvent :
— Dès que j’aurai un travail, je partirai de chez moi.
Nous faisions des projets pour l’avenir. Nous refaisions le monde, notre monde. Leïla était une fille brillante, curieuse de tout et, surtout, dotée d’un humour extraordinaire. Je l’enviais pour cela : son humour rendait la vie plus légère.
Je n’ai jamais autant ri qu’avec Leila.
Extrait 3
Chapitre IV La rencontre
C'est le début du séjour en Angleterre de Marie. Elle y travaillera et y restera un an. elle se rend à une réunion importante où elle rencontrera un certain Mathieu. Elle se perd dans les rues et arrive enfin.
[...]
J'entre. Une dame d’un certain âge, grande, mince, aux cheveux courts et grisonnants, se dirige vers moi pour me serrer la main. Son sourire de bienvenue fait plisser ses yeux bleus.
— I am Mrs Denver and you must be Marie, right ?
Je confirme, en m’excusant de mon retard. La prononciation de mon prénom me fait sourire intérieurement : « Maoui ». Je ne laisse rien paraître.
La salle, pourtant peu spacieuse, est éclairée par deux imposants lustres. Autour des tables disposées en U, des visages inconnus tournent le regard vers moi. Mme Denver regagne son bureau pour reprendre le cours de la réunion. Quant à moi, je m’empresse de m’asseoir sur la première chaise libre. Je me retrouve à côté d’un assistant brun aux cheveux mi-longs, qui m’adresse un sourire particulièrement chaleureux.
Mon regard s’attarde quelques secondes sur ses yeux noisette. Il porte une chemise beige, un jean et des sandales. Cela m'intrigue beaucoup.
Je compte une dizaine d'assistants et d'assistantes autour de la table. Comme moi, ils étudient l’anglais dans leur pays respectif et vont enseigner leur langue dans des écoles de la région.
À la fin de cette première rencontre, nous sommes invités à prendre le thé autour de petites tables hautes et rondes éparpillées dans un vaste hall. Je me tiens debout près du brun, sirotant mon thé noir à la crème avec une légère gêne. J’ai enfilé mon jean et mon chemisier bleu clair qui met en valeur mes longs cheveux noirs. Je n’ai pas eu le temps de passer aux toilettes pour vérifier si je suis présentable.
C’est lui qui brise la glace.
— Je m’appelle Mathieu et je viens de Suisse. Je suis arrivé hier soir. Et toi, tu viens d’où ? Les deux autres filles autour de la table me regardent, attendant ma réponse.
— Du sud de la France. Je suis arrivée avant-hier.
Elles viennent de Paris et de Lille. Nous communiquons tous en anglais.
Pendant qu’elles se présentent, j’observe discrètement Mathieu. Il est très grand. Il a quelque chose de touchant dans sa démarche, à la fois maladroite et élégante.
Je ne peux pas m’empêcher de regarder ses mains. C’est toujours la première chose que j’observe chez un garçon. C’est fascinant à quel point les mains peuvent en dire long sur une personne. Mathieu a des mains de taille moyenne, aux doigts fins et légèrement allongés. Ses ongles carrés sont parfaitement soignés. Je ne sais pas pourquoi, ses mains m'inspiraient confiance.
Au bout d’un moment, il s’éloigne pour rejoindre la table des Allemands. Je reste avec les deux Françaises, Sabine et Corinne, afin de faire plus ample connaissance. Elles sont sympathiques et très bavardes, mais comme cela fait du bien de parler français !
Extrait 4
Chapitre 10 Le doute s’installe
Marie a de plus en plus de mal à trouver sa place dans sa famille qui n’accepte pas Mathieu, un non-juif. Elle s'évade avec Mathieu en Suisse pour quelques jours.
Créez votre propre site internet avec Webador